Vers une souveraineté des levées de fond en France
2022 marque un tournant dans le Monde des levées, qui semble avancer à marche force depuis le début de la crise sanitaire. Les montants levées par les membres de la French Tech depuis le début d'année 2022 dépassent d’ores et déjà les montants lev s en 2019.
Une accélération des dotations, avec en tête de proue la BPI qui a soutenu pour plus de 48 md€ en 2021 les entreprises françaises, dont les startups et scale-ups dans leurs velléités d’internationalisation.
La création d’un appareil productif compétitif
Or, ces levées n’ont absolument rien d’exceptionnel si on vient les comparer aux écosystèmes concurrents, et ce notamment aux Etats-Unis, en Chine ou dans d’autres pays d’Europe.
Le fait de solliciter des parties prenantes, adossées à de puissants fonds
(souverains, de pensions, assurantiels, autres) permet une accélération de l’investissement dans des projets qui fonctionnent de plus en plus sur un modèle du “winner takes it all”, à savoir que de l’internationalisation sur des marchés différents et complexes naît le succès mondial et donc la rentabilité. Auparavant, une entreprise prenait le temps de créer son succès sur son marché d’origine, puis sur des marchés relativement similaires (clients, fournisseurs, matières premières, langue).
Désormais, les levées financent le risque d’une internationalisation grande échelle, sur des marchés peu captifs par définition (USA, Brésil, Corée, Japon), avec en ligne de mire, une confrontation avec les meilleurs faiseurs de technologie au monde.
Ces levées de fonds, supportées à la fois par des organes d’etat mais également par des ventures qui investissent dans des success stories (Doctolib, Blablacar, ManoMano) de longue date permettent de créer un environnement complet de test et de key learnings de réussite, donnant naissance à un appareil productif de plus en plus compétitif : Un euro investi dans la même startup aujourd'hui est plus rentable qu’il ne l'était il y a 5 ans.
Un avantage technologique crucial, qui s'écrit entre le public et le privé
Si la notion de rentabilité reste capitale, celle de l’avantage technologique ou au moins, de sa primauté, demeure vital. En effet, de nombreuses technologies vont venir chambouler notre quotidien. Leur mergence nait régulièrement du
partenariat public-privé et du support des universités de pointe a faire naitre des entités capitalistiques viables dans lesquelles le privé peut également investir.
Seules de rares entreprises sont encore capables de financer l’effort de R&D sur de telles échelles, d'où l'émergence sur la scène de la mobilité par exemple d’initiatives comme Solar Impulse, Volocopter ou Canoo.
Ce sont des exemples flagrants du “jump” de l’investissement directement vers la technologie, sans se soucier du cadre corporatiste et des années d'expèriences : Si l’entreprise se développe, elle devient un nouveau Tesla, entreprise la plus valoris e du monde, qui vends 10 fois moins de voitures que Volkswagen.
Il est cependant certain que ces nombreuses levées de fonds ne peuvent se réaliser, à cette échelle, qu’avec des tours de tables incluant des partenaires internationaux aux reins solides et aux portefeuilles diversifiés.
Or, cela reste problématique tant que les entreprises majeures en France laissent certaines pépites de leurs écosystèmes leur échapper.
Remettre les grandes entreprise au centre de l’investissement
En effet, les grandes entreprises connaissent des rythmes de développement parfois diamétralement opposés, et c’est notamment dû aux caractéristiques concurrentielles de leurs secteurs d'activités.
Cependant, les coûts de R&D et la capacité de se réinventer force de plus en plus les entreprises à réaliser de la croissance externe, a des coûts très souvent exorbitants (n’est pas Facebook qui veut).
Dans la recherche de souveraineté, les grandes entreprises doivent continuer à soutenir les startups & scale-ups innovantes, à toutes les étapes de leur vie.
Si la France rayonne par son réseau French Tech ou par ses Business Angels iconiques (Pauline Duval, Xavier Niel, Marc Simoncini), une étape supplémentaire doit pouvoir être franchie, en collaboration avec les entreprises du secteur privé et surtout les représentants du CAC 40 afin de pouvoir supporter le processus d’innovation jusqu’aux séries synonymes d’expansion mondiale, pour le plus grand bienfait de l’ensemble des acteurs du monde économique français.